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D'abord, répéter une évidence :
la poésie n'est pas particulièrement affaire de livre. Elle ne l'est même
que rarement, et les livres, y compris ceux de l'Oie, ne sauraient être suffisants !
Toute l'histoire poétique du siècle qui vient de passer nous fait voir que si
c'est bien avec les mots que l'on fait le poème, ce n'est pas nécessairement avec
leur concours qu'apparaît la poésie.
Sans doute, au départ, la poésie ne serait qu'assemblage
d'éléments : le collage est cette belle leçon. Ces éléments
peuvent être les instants de la vie, les bribes de la nature, les mots, les images. Ce sont
ces éléments qui nous bouleversent lorsque nous les laissons nous bouleverser.
La poésie, c'est notre présence au monde,
c'est nous comme pont entre les éléments les plus
éloignés les uns des autres (le secret du surréalisme),
et c'est notre vie que l'on danse sur ce fil tendu au-dessus du vide.
On veut nous faire croire que la vie est vide, qu'elle ne peut chercher que le
confort et sa répétition, que notre vie est mort. La vie au contraire ne
peut être que révolte, profonde, souriante ;
ne peut être que poésie. Un livre de l'Oie, aimons-nous penser,
est une fenêtre différente sur les possibles poétiques ;
une fenêtre petite, certes, mais bien présente. Une invitation à jouer
avec le monde et avec la phrase. L'ennemi de la poésie, c'est
l'institué, l'institution, la mort dans l'âme et dans le mot.
La voix du poème reste à chacun.
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