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Une vie à ne rien faire
une vie en fer blanc une vie en conserve une vie qui ne peut servir à rien bonne à donner au sommeil ou à la drogue. Une tête tombe d'un arbre comme une feuille une tête d'homme mort tombe et pourrit au sol comme un morceau de bois. Bête traquée d'automne il pleut sur les pavés bleus tu emmaillotes tes fenêtres comme des momies sur les trottoirs siffle le masque aux dents blanches. Frontières du monde mes surs où allez-vous boire la tisane. Écoutez les toux de la boue les toux du sang la terre a mal à son fer. Aux barbes des jeunes blés des morceaux d'hommes sont accrochés dans les souterrains de leurs mères des hommes meurent. Quand on fait le tour d'un monde tout le monde a les mêmes mains le Napoléon de l'ombre et l'autre. Général d'automne tu n'auras pas mes sourires, souris! Mon sang ne coule pas à tes fontaines tu as tes poussières j'ai les miennes et j'ai aussi ma mort comme une absence de moi-même je n'ai rien à faire de toi malgré tes galons d'or et mon cur de nègre. Camille Bryen, La Chair et les Mots. K éditeur, 1948. |